Traduzione aumentata

  • Emma

La traduction automatique fait son entrée dans l'édition

Updated: Sep 2

Déjà disponible sur Amazon, le livre Teoria generale della società di traduzione (Théorie générale des agences de traduction) de Renato Beninatto et Tucker Johnson est bien plus qu’une lecture incontournable pour tous les italianophones qui gèrent ou possèdent une agence de traduction. C’est aussi un des premiers livres traduits grâce à ModernMT, moteur de traduction automatique.


Le projet ?

À l’origine, une simple traduction qui faisait l’objet d’un stage universitaire au sein de l’agence de traduction Creative Words, mais qui est vite devenue bien plus que cela. C’est Isabelle Andrieu, cofondatrice et présidente de Translated, qui a, la première, proposé l’utilisation du moteur de traduction automatique ModernMT. À partir de là, Diego Cresceri, fondateur de Creative Words, et Daniela D'Amato, son bras droit, ont lancé l’initiative, par curiosité, d’une part, mais aussi pour démontrer les potentialités de la traduction automatique dans un domaine jusque-là inexploré : l’édition.

La post-édition de l'anglais vers l'italien a été confiée à Angelica Fioredda, traductrice en deuxième année de master de Traduction et d’Interprétation, dont c’était la première expérience professionnelle dans le secteur, sous la supervision de Mirco Carlini, tuteur du stage et correcteur du projet.


Cette post-édition a donc d’abord été l’occasion pour une linguiste novice de s’occuper d’un projet ambitieux du début à la fin, dans des délais raisonnables, compatibles avec les exigences du marché.


Une initiative cohérente

Un des intérêts du projet résidait dans l’utilisation de la traduction automatique pour un livre portant sur le secteur des services linguistiques. La terminologie propre à ce domaine a justement été l’un des enjeux cruciaux de l’expérience. Angelica Fioredda raconte ainsi qu’elle a dû faire des choix complexes, parfois en adaptant les termes en italien, parfois en les conservant en anglais. C’est d’ailleurs par le glossaire qu’elle a commencé la post-édition, pour laisser le temps à ModernMT d’apprendre la terminologie du livre. Elle a, en parallèle, créé une base terminologique classique.


Malgré tout, Mirco Carlini est convaincu que l’utilisation de ModernMT a raccourci les délais de traduction. En tout, les deux linguistes ont passé 160 heures sur la post-édition et 60 heures sur la révision, c’est-à-dire environ 31 jours à raison de 7 heures de travail par jour, pour 51 000 mots, en sachant qu’Angelica Fioredda était encore une traductrice débutante. Tous deux ont également noté une accélération du processus à mesure que ModernMT s’adaptait aux choix terminologiques de la post-éditrice et du correcteur.


Ce gain de temps a en outre été permis par le choix d’opter pour une post-édition légère, dans l’idée d’obtenir un résultat utilisable et compréhensible avant tout. Pour cela, il a donc fallu faire des compromis. Le vrai défi a été, pour Mirco Carlini comme pour Angelica Fioredda, de trouver l’équilibre entre lisibilité et style. Le moteur de traduction automatique travaillant segment par segment, la structure du texte est restée notamment très proche de l’anglais, ce que ne manqueront pas de repérer des lecteur·rice·s averti·e·s. C’est donc l’efficacité qui a primé sur le style.


Un pari réussi, mais pas applicable à tous les secteurs

Le projet reste abouti, puisqu’il a permis la publication d’un livre par Nimdzi Insights. L’avertissement inséré au début du livre rappelle l’objectif de l’expérience : obtenir un ouvrage publiable, où la qualité de la traduction ne nuit pas à la transmission du message. Et il semblerait bien que la vision de Renato Beninatto et Tucker Johnson, deux vétérans du secteur, soit clairement exposée dans cette traduction désormais accessible aux italianophones.


Que retient la traductrice Angelica Fioredda de cette expérience ?

Avant tout l’importance de l’innovation, qu’elle définit comme « expérience de ce qui est peu conventionnel ». Ce que nous apprend ce projet, c’est qu’il est possible d’adopter différentes approches de la traduction, tout en acceptant les limites de la machine, comme on tient compte de celles de l’humain. Car il est clair, même pour Diego Cresceri, à l’initiative de ce projet, que la traduction automatique généralisée dans l’édition n’est pas pour demain. Impossible en effet de penser traduire ainsi des livres dont le style est au moins aussi important que le contenu, comme c’est le cas en littérature, par exemple. Angelica Fioredda elle-même remarque que ModernMT a encore du mal à reconnaître et à traduire de manière satisfaisante les subtilités idiomatiques de la langue. Un vrai inconvénient pour de multiples domaines, notamment le marketing, où le dynamisme de la langue est ce qui permet d’engager l’utilisateur final. Cette expérience confirme donc à tous les linguistes qu’en matière de post-édition, tout est une question de type de document.


Ouverture de possibilités nouvelles

Ce livre singulier nous encourage donc à rester ouvert·e·s aux possibilités offertes par la technologie, sans préjugé, mais en gardant un esprit critique. C’est bien ce que conseille Enrico tout au long de son Guide de la traduction automatique et de la post-édition. Et n’oublions pas : même avec ModernMT, moteur de traduction automatique dont la qualité est largement saluée par les participant·e·s à ce projet et par la communauté des linguistes plus généralement, il reste impossible de se passer d’un regard humain pour faire d’une traduction un texte publiable ou utilisable auprès du grand public.

Et vous, seriez-vous prêt·e à travailler sur la post-édition d’un livre ? Ou à lire un ouvrage de ce genre ?

Autrice

Emma Troude-Beheregaray

Traductrice indépendante et d'édition

www.linkedin.com/in/emma-troude-beheregaray

Città

Lione, Francia

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